Dans bien des foyers, la frontière est ténue entre l’enfant humain… et le bébé à quatre pattes. Simple confusion ou reflet d’une réalité scientifique ? Plongeons dans le cerveau (ou la truffe) des chiens et des bébés pour démêler le vrai du faux !
Quand la frontière entre bébé et chien s’efface à la maison
On l’a tous entendu, ou prononcé : « Il faut sortir bébé », ou « le bébé a faim », quitte à semer la pagaille parmi les invités. Chez nous, Scout, un toutou noir de 15 kilos, partageait le statut de « tout-petit » avec notre fille. Il faut avouer qu’avec mon mari, nous avons grandi entourés de chiens – de quoi emmêler joyeusement le vocabulaire familial. Un jour, par inadvertance, j’ai même appelé le pédiatre alors que je souhaitais joindre le vétérinaire. Ou l’inverse. Plus que des lapsus, c’est un mode de vie : la santé de notre fille était jugée à l’aune de celle du chien. Dynamique ? Nez frais ? Humeur joyeuse ? Parfait, elle passerait sans encombre la visite chez le véto… ou chez le pédiatre.
Chiens et enfants : même combat (cognitif) ?
À y regarder de plus près, les confusions de langage cachent quelque chose de plus profond. En effet, nombreux sont ceux qui parlent de leur animal comme d’un « enfant à poils » (les oreilles en plus). Et ce n’est pas juste attendrissant : côté cerveau, il y a de troublantes ressemblances.
- Ni les chiens ni les bébés ne parlent vraiment : pas de longues phrases à l’horizon.
- On leur explique des choses, on attend des retours et, surtout, un engagement social – Daphna Buchsbaum, directrice de deux laboratoires à l’université Brown, insiste : chiens et bébés attendent qu’on réponde présent, notamment via le regard.
- Les deux manifestent un attachement fort envers ceux qui s’occupent d’eux.
Des recherches récentes montrent aussi très concrètement que chiens et enfants savent flairer le bon informateur. Dans une expérience, le chien devait retrouver une friandise cachée : vite fait, bien fait, il apprenait à suivre l’humain le plus fiable. Les enfants, assure Buchsbaum, possèdent aussi cette habileté à déterminer en qui placer leur confiance.
Du côté des objets, les peluches et cubes volants n’ont qu’à bien se tenir : chiens et bébés comprennent que les choses ne traversent pas les murs ou la table. Entre 12 et 18 mois, les enfants expérimentent joyeusement ces propriétés (vos bibelots s’en souviennent). Les chiens, eux, malgré l’absence de pouce opposable, apprennent d’une manière similaire.
Le chien, ce « bébé éternel » : une histoire d’attachement
Mais il n’y a pas que la cognition ! Si certains lèvent les yeux au ciel quand on assimile Choupette à un « enfant », l’amour que l’on porte à nos compagnons canins ressemble beaucoup à celui ressenti envers notre progéniture. Evan MacLean, à la tête du Arizona Canine Cognition Center, avance que la domestication aurait conservé chez le chien des « traits juvéniles » issus du loup : grands yeux, museau court, oreilles tombantes, bref… une éternelle bouille de bébé. Selon ses mots, « les chiens sont comme Peter Pan : ils vieillissent, mais ne grandissent jamais » – ils dupent notre cerveau pour qu’on prenne soin d’eux.
Les neurosciences confirment cette magie : une étude de 2014 menée avec des scanners cérébraux a révélé que, chez les femmes regardant des photos de leurs enfants OU de leurs chiens, les réactions émotionnelles sont étonnamment similaires. Et il y a de la chimie dans l’air : la fameuse boucle de l’ocytocine, bien connue chez les parents et leur tout-petit, se déclenche aussi lors d’un échange de regards avec son chien (merci, science, de légitimer ces élans d’affection…!).
Que reste-t-il de différent ?
Ce tableau n’est pas tout rose bonbon : impossible de confondre totalement le cerveau d’un chien et celui d’un enfant. Buchsbaum rappelle que nos deux espèces ne perçoivent pas le monde de la même façon. Notre atout, c’est la vue, héritée de nos ancêtres primates, quand le chien se fie avant tout à son odorat (les balades ne s’étirent pas pour rien…).
Enfin, aussi précoce et futée soit une relation humain-chien, le vocabulaire du canidé restera limité (même Chaser, le fameux border collie, plafonnait à un millier de mots : l’équivalent d’un enfant de 3 ans). Tandis que votre progéniture atteindra 20 000 à 35 000 mots, saura cuisiner et rédiger des dissertations, le chien – éternel petit – dépendra bien de vous jusqu’au bout. Un vrai bébé, mais version poilue…
Conclusion : Véritable gémellité cérébrale ?
Chiens et bébés partagent bien plus que certaines absurdités linguistiques ou les joies du tapis d’éveil. Leurs ressemblances cognitives et émotionnelles donnent matière à réflexion… mais n’écrasent pas les frontières : un chien reste un chien, un enfant reste un enfant, au moins sur le papier. Toutefois, une chose est sûre : si votre « bébé » réclame une promenade au parc en pleine nuit, vérifiez tout de même que ce n’est pas Scout qui a parlé !

Autrice chez Les Petits Lapins, je partage ma passion des animaux avec une tendresse particulière pour les lapins et les petits compagnons. J’écris des guides pratiques sur l’alimentation, l’aménagement de l’habitat, l’enrichissement et les soins du quotidien, en m’appuyant sur des conseils vétérinaires et des méthodes bienveillantes comme le renforcement positif. Mon objectif est d’aider chaque foyer à mieux comprendre les besoins de son animal, prévenir les petits bobos et construire une relation complice et respectueuse. Curieuse et proche du terrain, je teste des accessoires, j’interroge des pros et je propose des astuces simples à appliquer, pour que vivre avec un animal soit plus serein, plus joyeux et plus responsable.







